Sun Wu Kong (孫悟空) – De la légende au divertissement, du divertissement à l’art martial. 

On connaît tous Son Goku* par la création d’Akira Toriyama, Dragon Ball, qui est devenu un succès mondial. Mais l’histoire de ce shōnen reste, quand même, très différente de la légende originale. C’est ce que j’avais ressenti lors de mes premiers visionnages de cette animation à la TV, lorsque j’étais enfant. Des contradictions entre le manga et sa mythologie que je ne pouvais comprendre, l’un était un enfant avec une queue de singe, tandis que l’autre était un singe aux traits d’humains. Malheureusement, je n’avais pas l’âge pour saisir toute la subtilité du manga, toute la richesse de Toriyama sur ce personnage, ainsi par rapport à la légende orientale, j’avais du mal à être inspiré et à saisir le sens de la quête des 7 boules de cristal. Tandis que je délaissais Dragon Ball, je saisissais la joie d’être inspiré par Sun Wu Kong, la légende la plus connue de l’Asie de l’Est. Au-delà de son aspect à la fois animal et humain, il naît d’une roche, fissurée, avec des capacités surnaturelles, à tel point, qu’il vola le bâton de Ao Guang (敖廣), un des quatre rois-dragons des mers. Avec ce bâton capable de modifier la longueur et l’épaisseur selon son utilisateur, il sera l’arme emblématique de toute la légende de Sun Wu Kong. L’existence de ce singe mettait en péril l’ordre et l’harmonie du royaume des cieux, il envahit le ciel, accède au palais de jade, et sème le chaos, boit les vins sacrés, mange des pêches d’immortalité. L’empereur de jade, Yu Huang, essaya de le contenir par tous les moyens, mais sans succès. Mais contre toute attente, Wu Kong se retrouva face à face devant le grand Bouddha, auquel, après un défi, il fut emprisonné sous une montagne, jusqu’à sa délivrance avec l’arrivée du moine Tang San Zang (唐三藏)*. 

Ne Zha (哪吒) face à Sun Wu Kong (孫悟空)

Wu Kong n’obéit qu’à son propre chef. Il est malin et rusé, mais n’est jamais vulgaire malgré la conception que nous pouvons en avoir. Pour la plupart des non-Chinois, les phrases peuvent sembler moqueuses et malveillantes, mais l’humour chinois a souvent été plus subtil que cela, amenant d’autres conventions que l’ironie ou le sarcasme. Cet humour très présent dans les textes originaux s’est peu à peu réduit et a disparu pour le public occidental. À la fois né singe avec des traits humains, il est un emblème d’une esthétique très marquée dans la société orientale d’antan, contrairement à ce que nous voyons aujourd’hui dans les séries dramatiques sino-coréennes. Il n’est peut-être pas plus puissant que Bouddha, mais il a reçu son respect, faisant de lui un immortel, un être éveillé, au-dessus de tous. 

Si sa légende est encore d’actualité, c’est grâce aux travaux artistiques dans la conception et l’intégration dans les jeux vidéo, plus que par les bandes dessinées des années 1970. De League Of Legends à Black Myth en passant par Smite, tous ont développé ce personnage en gardant des traits, plus dans certains, moins dans d’autres, jusqu’à l’intégration de sa légende et de son caractère design dans les jeux. Et bien que ce soient des jeux, le fait de pouvoir incarner Sun Wu Kong plutôt que de le lire rend sa mythologie encore plus vivante qu’un texte. C’est grâce à ce contact que j’ai commencé à lire La Pérégrination vers l’Ouest, que j’ai apprécié toute sa légende et mes origines asiatiques auxquelles j’appartiens ; cela m’a apaisé sur mes questions d’origines. De ce fait, cela m’a permis d’imaginer des scènes de combats qui sont aussi poignantes qu’un film, et de percevoir sa maîtrise du bâton dont le nom, Ru Yi Jin Gu Bang  (如意金箍棒) est gravé dans le marbre. 

Lorsque je joue Sun Wu Kong, quel que soit le jeu, il me fait remonter les souvenirs de mon enfance mais aussi du tatami. J’avais commencé par apprendre le Wu Shu, le cours que j’appréciais le plus était l’utilisation d’une grande tige de bambou avec laquelle, un ami et moi, nous apprenions les enchaînements techniques. C’était à la fois souple et fluide, comme dans les gestes que je pouvais imaginer de Wu Kong, mais contrairement à lui qui avait un bâton en acier, j’avais seulement cette tige de bambou que je finissais par la fissurer à chaque fin de cours. Le maître ramenait souvent d’autres tiges ou des rubans de scotch pour la réparer. C’étaient des moments fantastiques à mes 9 ans, que de pratiquer un art comme Sun Wu Kong.   

Aujourd’hui, le maniement du bâton est devenu le second choix des pratiquants d’aïkido, qui préfèrent l’apprentissage du sabre plus proche de l’esprit samuraï. Pourtant le bâton représente une arme à part entière dans le monde du budō. Si la beauté du sabre est de trancher l’adversaire, celle du bâton est de briser l’ennemi. Frapper sans être aperçu, frapper aussi vite que le vent et lourd comme la terre, ainsi il ne pourrait se relever. Il est la figure de l’arme qu’utilisaient les moines dans l’orient sino-japonais. Mais malgré ses bonnes qualités, il est devenu un instrument d’exercice, cantonné à une arme récréative, sans pour autant révéler sa vraie nature. Sans la maîtrise du bâton, on ne pourrait avoir celle de la lance ; sans la maîtrise du lance, on ne peut avoir celle de la hallebarde. Tandis que le sabre attire la lumière des débutants, le bâton révèle le reflet des pratiquants.

Son Goku* : nom japonais de sa version chinoise Sun Wu Kong.  

Tang San Zang (唐三藏) * : Connu aussi sous le nom de Tripitaka.